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Venerable Ajahn Sucitto -
Au dela de la limite
(Réflexion du matin donnée par Ajahn Sucitto le 29 août 2001 à
Cittaviveka, durant le Vassa)
De temps en temps, parfois pour de longues périodes de temps, nous sommes
confrontés à un endroit de blocage dans notre pratique spirituelle du Dhamma.
Il s’agit en fait d’un blocage dans notre processus de vie, d’une fixation
opérée à partir de présomptions erronées et/ou de sentiments non résolus.
Cela étant, plus ça coince et plus cet endroit de blocage représente un défi
par rapport à nos préconceptions sur nous-mêmes, sur notre pratique
spirituelle, sur notre contexte de vie et sur notre entourage. Tout un chacun
fait l’expérience de ce genre de situation de temps à autre, à des degrés
d’intensité plus ou moins élevés. Lorsque l’on a une pratique du Dhamma,
l’endroit de blocage est un endroit pour apprendre, l’enseignement à
retirer ne pouvant pas résulter d’une perspective non éclairée. C’est un
endroit de lâcher-prise, un endroit où l’abandon de soi doit être
soigneusement maintenu pour être efficace. Nous ne nous rendons pas toujours
compte de cette nécessité jusqu’à ce que ce blocage – se dérobant à
notre tentative de s’en débarrasser ou de l’interpréter – nous conduise
à une ‘limite’. Cette limite est la limite de notre soi – au-delà
duquel nous sommes incertains et au-delà duquel nos présomptions d’avoir le
contrôle tombent. Lorsque nous arrivons à cette limite, le mental s’en
détourne si rapidement que soit nous faisons autre chose ou alors nous opérons
un transfert. Il y a transfert lorsqu’une circonstance ou un contexte est
rendu responsable de cette sensation perturbée : c’est ainsi que cette
impression de dissonance et de perturbation est reportée sur la situation dans
laquelle nous nous trouvons. ‘Il m’est impossible de pratiquer compte tenu
de la façon dont je suis traité ou perçu par les autres’.
Le blocage peut donc sembler se manifester autour de nous : d’autres
personnes ne se comportant pas comme ils le devraient, d’autres personnes n’étant
pas suffisamment capables – cet orgueil qui estime avoir la compétence et le
besoin de juger autrui. Mais cette compulsion à juger, à comparer et à
engendrer de la souffrance tout en croyant que cela est vrai et nécessaire est
une indication que quelque chose de plus primaire est entrain de se produire ici :
la compulsion n’est pas un processus rationnel. Parfois le jugement reste en
circuit fermé : il y a cette impression que l’on est fondamentalement
incapable, fondamentalement imparfait. C’est un orgueil négatif, un orgueil
qui affirme ‘Je suis cela’, cette incapacité. Ensuite le mental part dans
tous les sens ‘Eh bien, suis-je comme cela ? Que puis-je faire par
rapport à cela ?’. Il se peut que ce type d’agitation puisse aller en
progressant de telle sorte que nous devons faire quelque chose pour nous sentir
capable à nouveau, confortable à nouveau. Le blocage nous propulse dans des
activités qui le justifie comme le ‘soi personnel’. La recherche de soi est
une activité compulsive – soit sankhara – qui se diffuse et se
disperse – ce qui s’appelle papanca. Cela diffuse et disperse la
conscience vers l’extérieur, sur les multiples qualités et défauts de
personnes et de choses comme le bouddhisme, les différentes lignées, les
différentes pratiques spirituelles et ainsi de suite. Ou intérieurement :
en analysant notre caractère, notre cœur, notre histoire, notre passé, nos
défauts et nos qualités. Cela se transforme en quelque chose de dense et de
rigide ; un morceau de substance sur la défensive qui renforce notre
besoin figé d’être quelqu’un qui est quelque chose.
L’endroit de blocage peut se manifester dans le cadre de la routine
journalière. Le fait de rendre service selon un schéma habituel préétabli
peut servir de terrain de mise à l’épreuve : nous pouvons nous rendre
compte que nous ne sommes plus autant spontanés, que nous nous sentons plus au
top niveau ou alors que nous avons l’impression que notre potentiel de
développement futur est limité. Il s’agit de programmes qui nous amènent
jusqu’aux limites de notre soi individuel – et nous n’apprécions pas cela.
Endosser des responsabilités peut nous amener à une limite d’incertitude
quant à notre propre valeur : ‘ Suis-je assez bon, compétent ;
les gens m’approuvent-ils .’ La limite est un endroit où nous n’allons
pas normalement. La pratique du Dhamma, plutôt qu’un signe de statut,
est avant tout faite des devoirs et rôles qui y ont trait. Ceci parce qu’il
peut se produire une ouverture capitale et une réalisation pour toute personne
qui arrive à sa limite et qui réussit à cheminer au-delà de celle-ci :
c’est seulement là que le nœud de la fixation sur le ‘soi individuel’
peut se défaire. Les relations avec les autres peuvent aussi représenter un
défi par rapport à qui nous croyons être. Ainsi, dans la vie de la Sangha,
il est important de maintenir un sens d’engagement envers les autres, envers
un endroit, envers une routine, envers une pratique spirituelle même si cela ne
correspond pas toujours à nos vœux personnels ; et d’avoir réussi à
préserver la confiance et la foi en chacun d’entre nous même si nous ne nous
sentons pas toujours parfaitement à l’aise les uns avec les autres. Il
y a toujours un peu de gêne, d’anxiété, de dissonance, de souffrance ou
quelque chose. Mais l’engagement n’est pas vis-à-vis des gens, d’un
endroit ou d’une routine en tant que tels mais parce que cet engagement
produit un effet de levier contre notre façon de tenir les choses, notre besoin
de faire fonctionner les choses ‘de ma façon’. Cela nous amène à notre
limite tout en nous demandant de trouver de nouvelles ressources : de
devenir plus grands que nous-mêmes, plus grands que notre confort, notre
bonheur, notre efficacité et notre intelligence. La limite est l’endroit où
il est possible non seulement de prendre conscience de l’aspect limité des
conditions internes et externes mais encore de se détendre en quelque sorte
jusqu’au-delà de nous-mêmes.
Ce Dhamma est basé sur le lâcher-prise, sur la foi que ceci
constitue la voie et la réalisation. C’est juste cela, cette capacité
d’être le lâcher-prise, l’ouverture totale. Et ce Dhamma est
axé sur ce qui surgit à l’instant présent et non pas sur une immense masse
conglomérée. Il est basé sur ce qui se présente ici et maintenant. Dans ce
contexte, le blocage paraît constituer une plus grande entrave à franchir que
tout défaut particulier, qu’un obstacle ou encore qu’une souillure, parce
qu’il nie tout à la fois le sens de lâcher prise ainsi que le sens du ‘momentané’,
du présent. L’énergie utilisée à vouloir tenir/fixer les choses produit un
immense fichier mental sur soi et sur les autres. Et ensuite l’on doit
recourir à d’innombrables outils pour analyser et traiter tout cela. Mais si
nous laissons le blocage nous amener à notre limite, cela devient alors
difficile de poursuivre cette démarche jusqu’au bout parce que la limite de
notre soi individuel est un endroit où nous ne sommes pas capables de produire
une stratégie cohérente et convaincante qui puisse nous maintenir à flot.
Nous pouvons devenir déstabilisés, irrationnels et irritables. Cet état de
fait constitue tout à la fois le péril du blocage mais aussi son avantage
potentiel si l’on arrive à négocier avec. Son énigme est bien sûr que ‘C’est
quelque chose avec lequel je n’arrive pas à négocier dans mon mode de
fonctionnement habituel. Si je pouvais y arriver, je ne serais pas coincé !’
Si cela pouvait être fait par moi, cela ne serait pas ce qui va au-delà
de moi. Ce qui est requis est un changement de direction et un changement
d’énergie. Ensuite il peut y avoir une ouverture sur quelque chose de plus
grand, de meilleur, de plus illimité que nos mécanismes propres. Et dans ce
processus, nous devenons nous-mêmes plus grands et en paix.
C’est un changement d’énergie. Nous nous intéressons normalement à
diriger notre pratique spirituelle : nous visons à, nous nous engageons,
nous faisons, nous ramassons, nous mettons des choses de côté - nous
passons donc beaucoup de notre temps à diriger et à faire évoluer notre
propre pratique. Ceci est bien entendu essentiel pour attiser une sorte d’ardeur
ainsi que pour tempérer et affiner notre intention. Nous pouvons utiliser
plusieurs formes de pratique du Dhamma – comme la méditation, le
service, la renonciation - qui servent tant à nous sensibiliser à cette
énergie investie à figer les choses qu’à la contrer. Ces pratiques
produisent toutes de l’ardeur, de la foi, de l’engagement et de l’énergie.
Elles établissent le contexte de bonté qui nous permet de passer à travers et
cela même lorsque nos propres efforts s’effondrent et que nous n’arrivons
pas à nous faire avancer par nous-mêmes. Ainsi vous êtes arrivés à
un endroit de blocage ; et cela requiert vraiment un lâcher-prise de l’action
à remplacer par le fait de juste faire confiance; de porter l’attention à la
vertu et de prendre refuge dans notre propre intégrité. Plutôt que de faire
marche arrière ou de se pousser en avant ou encore de s’éparpiller dans un
transfert quel qu’il soit. Les pratiques préliminaires préparent le terrain
et plantent la graine. Ensuite, nous nous recueillons dans les qualités du Dhamma
qui s’épanouissent en nous sous forme d’une nouvelle croissance.
Les facteurs bloquants sont hautement émotionnels et l’émotion est
crédible. Ce qui est émotif a de l’énergie, captive et convainc par son
pouvoir d’évoquer, de stimuler et d’inciter à la fabulation mentale. Mais
cette émotion - ce qu’elle produit et accumule - et ce qui est ainsi
accumulé - deviennent à la longue figés dans leur propre intensité. Ensuite
nous pouvons nous rendre compte, qu’en dessous de ces convictions et de ces
histoires, nous ne sommes pas « branchés ». Nous ne sommes pas dans
le moment présent, nous portons beaucoup de choses, nous devenons lourds, nous
commençons à nous figer ou à figer le contexte en quelque chose de maladroit.
Alors il y a lieu d’enquêter : quelle est la voix derrière l’émotion ?
De qui ou de quoi s’agit-il? Cela peut nous permettre de nous rendre compte de
ce par quoi le mental est affecté. Nous commençons à percevoir et à
reconnaître ce ‘soi personnel’ comme un parmi d’autres ‘soi personnel’.
Quand nous commençons à discerner ce ‘soi personnel’ comme un simple objet
du mental, une étape est franchie puisque c’est dans cette perspective qu’il
faut pratiquer. Ce sujet, cette personne, devient alors notre thème de
méditation. La méditation classique pour détendre l’énergie qui produit le
‘soi personnel’ est brahmavihara : la conscience est absorbée
dans le fait de développer et d’approfondir une empathie de soutien et
ledit ‘soi personnel’ est placé dans un cadre où on lui souhaite du bien
tout en reconnaissant qu’il souffre. Il y a là un changement dans l’intention
et dans l’énergie.
De cette façon, nous changeons notre façon de nous connecter. Nous n’essayons
pas de changer notre soi apparent ou manifeste ou même de le comprendre, mais
nous l’utilisons comme centre de référence autour duquel nous établissons
la sphère brahmavihara de bonté aimante et la sphère de compassion. Il
y a de l’espace pour nous relier à notre impuissance ou à notre méchanceté.
Parce que nous voulons purement et simplement offrir bonté et compassion.
Une autre ressource est de tenir le blocage dans la dimension corporelle. Les
deux travaillent ensemble, à savoir la dimension corporelle et la dimension de
l’émotionnel, de l’émotivité. Avec le blocage, vous pouvez ressentir de
la tension dans le corps, des perturbations dans l’énergie du corps ou encore
une perturbation plus viscérale ou plus physique que cela. Apprenez à vous
asseoir et à passer en revue votre corps avec attention et plus
particulièrement à vous ouvrir. Le blocage détient un pouvoir magnétique, un
pouvoir d’engluer. Le corps peut devenir rigide. Ou vous pouvez vous sentir
attirés vers le haut dans la tête, le ventre noué, ou perdus quelque
part ; des parties de votre corps disparaissent du champ de votre
conscience et d’autres endroits deviennent perçus intensément. Essayez alors
d’opérer un " balayage " du corps avec attention, comme
si vous vouliez rendre la sphère du corps un bon endroit où l’énergie
collante puisse se poser. Plutôt que de vouloir s’en débarrasser, trouvez un
endroit pour placer cette énigme, rendez l’espace de la sphère corporelle
plus grande.
Coller et s’agripper nous mettent sous tension et nous rétrécissent.
Soyez donc plus vastes que tout cela. L’impact sensoriel, l’isolation et les
expériences de relations généralement affligeantes nous incitent à demeurer
confinés derrière la barrière de la peau : c’est ainsi que surgit le
point de vue que nous sommes dans ce corps. Lors d’une retraite, nous pouvons
souhaiter rentrer plus avant en nous-mêmes, mais l’attention portée au corps
doit être pratiquée ‘à l’intérieur et à l’extérieur’ : on
peut ressentir le corps tant comme une entité subjective que comme une chose
existante sensible et dépendante du contexte extérieur. L’expérience du
corps sur lequel il faut porter l’attention s’appelle l’incarnation.
La conscience incarnée ne se situe pas à l’intérieur du corps physique, c’est
le corps physique qui se situe dans la conscience incarnée. Nous pourrions
qualifier la conscience incarnée de sensibilité qui tourne autour de la forme
physique, notre sensibilité allant au-delà de l’épiderme. Cela doit être
ainsi ou alors la corps physique ne pourrait pas s’accorder avec son
environnement sans continuellement toucher les choses. Et lorsque nous devenons
affligés ou blessés, nous nous contractons, nous retirons notre sensibilité,
nous nous coupons de l’extérieur et nous montons dans notre tête. Le
résultat est une rétraction de la conscience en un état d’engourdissement
qui chez certains peut devenir habituel. Beaucoup de gens vivent comme cela la
plupart du temps. Le corps devient engourdi et maladroit, il perd sa grâce ;
les attitudes mentales et les émotions se paralysent. Les gens deviennent
rigides, incapables de voir les choses juste comme "ceci ou cela" ;
la pensée latérale, l’aptitude à jouer, à regarder autour de soi ou d’être
ouverts et spacieux – toute cette souplesse et cette agilité sortent du champ
de la conscience. C’est pourquoi ramener la sensibilité complète au corps
est utile parce que la conscience mentale répond de l’expérience somatique.
Lorsque notre conscience peut accéder complètement au corps physique, nous
pouvons alors reconnaître quand le stress se manifeste sur le plan physique.
Dans l’attention portée au corps, il est important de veiller plus
particulièrement aux articulations où il y a encore de l’espace qui peut se
perdre. L’élément d’espace dans le corps a trait, avant tout, aux petits
espaces entre les articulations et les tissus. Lorsque nous devenons tendus, il
y a la tendance que tout ceci se contracte. Dans ce cas, ouvrez les mains,
détendez les bras du corps, ouvrez les épaules, détendez les mâchoires qui
ont tendance à se contracter, ouvrer l’endroit entre le crâne et le cou qui
a tendance à se fermer, à se bloquer. Agrandissez et ouvrez votre corps
délibérément de telle sorte que davantage d’énergie puisse circuler. Des
états émotionnels et cognitifs vont s’ensuivre : il peut y avoir un
relâchement ou de la compassion ou encore de la clarté lorsque vous débloquez
votre corps. Le corps sert de terrain pour travailler sur des endroits
difficiles et tendus : parce qu’il est conscient et en cela il se relie
à la conscience qui se manifeste dans l’esprit.
Dans la sphère de la bonté aimante et de la compassion, et dans la sphère
du corps ouvert, les choses deviennent légères et libres. On est capable de
vérifier le processus de pensée, de le ralentir ou de l’analyser. Ainsi, l’intention
qui engendre le blocage peut se transformer. Maintenant, il se peut que l’on
se soit engagé envers certains buts, envers certaines aspirations. Le problème
est que nous engendrons et que nous dirigeons l’intention – ce qui joue un
rôle majeur dans la pratique du Dhamma – mais que la qualité de la
volonté porte en elle ses aspects maladifs ou de détresse. C’est-à-dire
notre impatience, nos besoins de succès, d’idéaux et d’excellence
accompagnent notre aspiration sincère. En tant qu’êtres non éveillés nous
ne nous rendons pas compte que le Dhamma se dévoile au fur et à mesure
comme un processus allant vers le ‘non soi’ plutôt que comme une réussite
personnelle. Et ce que l’endroit de blocage représente vraiment, c’est la
fin de notre capacité d’aller de l’avant, de faire marcher nos stratégies
d’adaptation. Mais lorsque nous arrivons à cet endroit de blocage, nous ne
pouvons plus utiliser notre volonté de la même manière. Notre intention doit
être redirigée sur le fait d’être présent avec la façon dont la situation
se présente ici et maintenant : ‘les émotions dans les émotions, le mental
dans le mental’ comme le Bouddha l’a exprimé. Etonnement, dans cet état de
contemplation non agissante, nous reconnaissons que l’attention est en
elle-même une activité utilisatrice d’énergie.
L’attention est normalement quelque chose qui est tellement dirigée par la
volonté que nous ne reconnaissons pas que le fait qu’être attentif requière
de l’énergie : il en faut pour s’occuper de quelque chose, pour l’écouter
et pour se concentrer dessus. L’attention est quelque chose qui bouge autour d’un
objet ; elle le scrute, le passe au-dessus, le recouvre n’est-ce
pas ? Regardez ce morceau de bois et pensez à quelque chose, écoutez
quelque chose, comment cela se développe d’un moment à l’autre ?
Lorsque vous écoutez quelque chose, comment cette expérience évolue-t-elle d’un
moment à l’autre ? Quelque chose se produit, n’est-ce pas ?
Comment voyez-vous de nouvelles facettes en quelque chose ? Vous la
regardez de cette façon-ci et de cette façon-là. Vous adoucissez votre
attention ; l’attention s’avance et scrute autour – ‘Ah, cela est
intéressant’. L’attention a son propre mouvement. C’est sankhara,
c’est donc une énergie active, et, dans un endroit bloqué, c’est l’attention
qui nous aide, plutôt que le souhait de s’en sortir ou le souhait de le
comprendre. Il convient de s’en occuper, d’y donner sa pleine attention, de
le sentir, de l’écouter, de le retourner jusqu’à ce que nous sortions de
cet état de paralysie, de cette hostilité ou de ce schéma de comportement
réactif nous incitant à perpétuellement essayer de faire quelque chose pour
que cela change. A la limite de notre capacité de produire et de faire, l’attention
pure doit prendre la relève : il faut juste prêter une pleine et entière
attention.
Et en prêtant notre attention, nous découvrons peut-être de nouvelles
facettes à l’expérience, à cet état complexe, et nous pouvons aussi être
simplement attentifs au fait d’être attentif. L’état peut être celui de l’agitation,
de la peur ou de l’incertitude, et il est possible que nous ayons toutes
sortes d’histoires à y associer. Lorsque nous portons notre attention à cet
état, nous pouvons constater qu’il peut y avoir des sensations de chaleur
liée à l’émotivité ou du mouvement, des symptômes physiques et des
processus de pensée qui se manifestent en association avec l’endroit de
blocage. Et de les reconnaître comme des phénomènes qui n’engluent pas. Il
y là une forme d’enseignement. Mais si vous continuez à prêter attention et
à lâcher prise, vous arriverez à l’état de la conscience pure. Cette
conscience est comme un savoir calme qui ne juge pas, qui ne fait pas agir. C’est
comme le sens spacieux de l’espace. L’endroit de blocage, l’expérience
complexe est à ce stade vécu comme un dhamma, juste un canevas. C’est
un canevas qui fait partie d’un plus grand canevas que j’appelle le ‘soi
personnel’. Mais lorsqu’il est perçu comme un canevas, le ‘soi individuel’
en est ainsi ôté et cela se débloque – et il y a une ouverture sur un
endroit qui est conjointement de non soi tout en étant intime et
emphatique.
C’est ainsi que ce paradigme ou cette situation fâcheuse de blocage
constitue un passage obligé pour enrayer l’orgueil ‘Je suis’ ou ‘Vous
êtes’ ou ‘Je ne suis pas’ ou tous les jugements de valeur qui se
manifestent. Tout ce ‘soi personnel’ est un assemblage de dhammas qui
surgissent puis retombent. Le blocage et la saisie peuvent nous amener au-delà
– si nous pouvons les ressentir et les traiter avec attention.
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